Analyse du Marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de l'année 2026

Cette note analyse le marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de 2026, comparés à la même période de 2025 : volumes levés, coût du financement, structure par maturité et positionnement des émetteurs. Le périmètre retenu couvre les émissions par adjudication de ressources nouvelles, hors opérations d'échange et de rachat.

NOTE DE CONJONCTURE

Marché des titres publics de l'UEMOA

Cette note analyse le marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de 2026, comparés à la même période de 2025 : volumes levés, coût du financement, structure par maturité et positionnement des émetteurs. Le périmètre retenu couvre les émissions par adjudication de ressources nouvelles, hors opérations d'échange et de rachat.

Les États cherchaient à peu près qu'un an plus tôt. Les investisseurs se sont présentés avec 3 718 milliards FCFA de plus. Quand l'argent afflue, un emprunteur a le choix : prendre plus, ou payer moins. Les Trésors de l'Union ont choisi la seconde option. Sur huit mois, ils ont levé 5,6 % de moins, à un coût inférieur de 83 points de base, sur des maturités sensiblement allongées.

Analyse du Marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de l'année 2026

Par rapport à 2025, les souscriptions aux opérations d’adjudication réalisées sur les huit (8) premiers mois de 2026 ont connu une forte progression (+36,6 %) avec une sursouscription qui a plus que doublé (de +49,68% à +105,48%). Face à cette abondance de l’offre de fonds, les Trésors avaient le choix : encaisser le surplus ou optimiser la charge de la dette par un tri des meilleures offres. Ils ont en effet opté de trier, en rejetant près d'une offre sur deux. La mise en écart systématique des soumissions les plus chères a entrainé une baisse progressive des taux d’intérêt et des prix marginaux des titres à chaque adjudication, mois après mois. Cette attitude des Trésors leur a permis, en grande partie, de réduire de 83 points de base le coût (rendement moyen pondéré) avec comme second avantage l’allongement des maturités des titres émis (voir section 4 et 6).

CE QUI CHANGE POUR L'INVESTISSEUR CE QUI CHANGE POUR L'EMETTEUR
  • Le rendement baisse ainsi que la probabilité d’être servi. 83 pdb de rendement en moins sur le marché primaire, et une probabilité de service qui tombe à un peu plus d'une soumission sur deux.
  • Il faut viser le long terme. Le court terme rémunère désormais moins ; la pente s'est reconstituée entre les maturités de 3 mois et de 7 ans.
  • Le choix de l'émetteur compte plus que le moment d'acheter. 341 pdb séparent la signature la moins chère de la plus chère.
  • Réduction de la charge de la dette. Aux conditions de 2026, la dette levée coûte environ 62 milliards (Md) FCFA d'intérêts annuels de moins qu'aux conditions de 2025.
  • Allonger coûte peu. Passer du 12 mois au 7 ans ne coûte que 73 pdb. Pour ce prix, la part levée à 5 ans passe de 14 % à 30 %.
  • Le marché trie par la signature. La situation politico-économique pèse davantage que la structure de l'émission.

 

1) VUE D'ENSEMBLE

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Le marché offre, les Trésors disposent

Sur huit mois, les États ont levé 5,6 % de moins qu'en 2025. Un tel chiffre suggère d'ordinaire soit des besoins en baisse, soit des investisseurs moins présents. Dans ce cas, ce n’est ni l'un ni l'autre. Les montants mis en adjudication sont restés sensiblement identiques (6 749 milliards FCFA contre 6 780 milliards) et les soumissions reçues ont bondi de 36 %. L'explication se trouve dans les choix faits par les Trésors eux-mêmes.

Analyse du Marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de l'année 2026

Trois enseignements

  1. Aucun profil saisonnier ne se dégage. Les deux années ne se ressemblent pas : pic en avril 2025 (1 595 milliards), pic en janvier 2026 (1 302 milliards), et des mois faibles qui ne coïncident pas non plus. Sur les périodes considérées, rien ne permet de parler de saisonnalité. Le rythme des levées suit les échéances de remboursement et les choix de trésorerie de chaque État. Un investisseur peut difficilement anticiper les périodes d'abondance à partir de l'historique sur la période considérée.
  2. Les États ont continué de sur-adjuger en 2026, mais moins qu’en 2025. Le montant retenu dépasse toujours le montant recherché (110 % en 2026 après 116 % en 2025) signe que les émetteurs utilisent l'excédent de demande, mais avec plus de retenue qu'un an plus tôt. Le supplément levé au-delà de l'objectif est passé de 1 081 à 674 milliards.
  3. Le repli des volumes est en partie un effet de substitution. Les deux signatures les plus recherchées de l'Union notamment la Côte d’Ivoire et le Benin ont mobilisé une partie de leurs ressources à partir d’autres sources de financement. La Côte d'Ivoire a levé 1,3 milliards de dollars sur 15 ans en février 2026, avec un carnet d'ordres de 6,3 milliards de dollars et un taux ressorti à 5,39 % en euro après couverture de change. Le Bénin a mobilisé 850 millions de dollars en début d'année, dont 500 millions via un sukuk international inaugural à 7 ans (coupon 4,92 % en euros après couverture) et 350 millions par réouverture de son eurobond 2038. [Source]

2) LE RAPPORT DE FORCE S’INVERSE
Le graphique illustre bien ce renversement du rapport de force : les investisseurs offrent beaucoup plus, les États retiennent toujours moins.

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La couverture n'est jamais descendue sous 176 % en 2026, contre un plancher à 132 % en 2025. Le mois de mars marque le point extrême : 299 % de couverture pour 36 % d'absorption seulement. Le taux d'absorption enregistre un grand écart entre 2026 et 2025. Le taux moyen, ressorti n'a jamais retrouvé les niveaux de l'an dernier : 54 % de moyenne enregistrée en 2026 contre 77 % en 2025.

D'où vient cet argent ?
Entre le 16 février et le 15 mars 2026, les banques commerciales ont déposé 6 007,7 milliards FCFA auprès de la BCEAO alors que la réglementation ne leur en imposait que 1 500 milliards, soit 4 507,7 milliards placés sans obligation ni rémunération, contre 2 763 milliards un mois plus tôt. Alors que le crédit aux entreprises ne progresse que modérément (+5,6 % en 2025), elles ont donc largement les moyens de soumissionner. [Source]

Mais le marché ne se limite plus aux banques. Sociétés de gestion, OPCVM, compagnies d'assurance, caisses de retraite et investisseurs individuels y viennent de plus en plus pour placer leur trésorerie.

Un taux de couverture élevé n'est pas une bonne nouvelle pour l'investisseur : il signale une concurrence élevée et une capacité réduite à faire valoir un prix. Pour l'émetteur, cette abondance de volume ouvre un choix entre lever plus et payer moins. En 2026, les Trésors de l'Union ont clairement choisi la seconde option.

Le contraste avec 2023-2024 mérite d'être souligné. À l'époque, le marché régional se caractérisait par de faibles taux de couvertures, et des taux à deux chiffres sur certaines signatures. En 2026 et pour l’ensemble de l’Union, aucun mois n'affiche une couverture inférieure à 176 %.

3) LE COUT DE L'ARGENT

Quatre-vingt-trois points de base économisés

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Le rendement moyen pondéré de l'Union passe de 7,81 % à 6,98 %. Le seuil des 7 % est franchi à la baisse : aucun mois de 2026 n'excède 7,20 %, contrairement en 2025 où le taux n'était jamais descendu sous 7,50 % sur la même période (Janvier à Août).

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Une baisse enclenchée depuis avril 2025

La tendance baissière n'a pas commencé en 2026. Le rendement moyen pondéré était à un niveau de 8,13 % en avril 2025, puis a reculé jusqu'à 6,79 % en août 2026.

Le mécanisme est celui d'une concurrence entre acheteurs. Avec des soumissions représentant deux fois le montant recherché, les investisseurs se disputent le papier disponible et acceptent des taux de plus en plus bas pour être servis. Dans cette dynamique, les Trésors négocient très peu. Il n’y a pas vraiment à négocier, il leur suffit de retenir les offres les moins chères. Plus la demande est forte, plus le taux de sortie baisse. La couverture des souscription, passée de 150 % à 205 %, suffit à expliquer les 83 pdb.

Rien n'indique que cette tendance s'inverse à court terme. Le marché s'ouvre à de nouveaux intervenants institutionnels qui cherchent à optimiser leur trésorerie ainsi qu’aux les personnes physiques. Cet élargissement augmente considérablement la demande. La vraie question n'est plus de savoir pourquoi les taux baissent, mais jusqu'où ils iront. Un point de conjoncture en fin d'année permettra de mesurer cette baisse.

CE QUE 83 POINTS DE BASE REPRESENTENT
Appliqués aux 7 423 Mds FCFA levés sur les huit mois, 83 pdb représentent environ 62 milliards FCFA d'intérêts1 annuels, l'écart entre une charge de 518 milliards au RMP sur 2026 et 580 milliards au RMP sur 2025, à volume et structure identiques.

4) STRUCTURE DES TAUX D’INTERET SELON LES MATURITES

En 2025, la courbe des rendements de l'Union était inversée. Emprunter un an coûtait 8,43 %, contre 7,20 % pour l’emprunt à sept ans, une anomalie qui expliquait la réticence des intervenants à immobiliser leur trésorerie sur le long terme. En 2026, la hiérarchie normale s'est rétablie, offrant un RMP de 3,87 % à trois mois et 7,32 % à sept ans.

Analyse du Marché des titres publics de l'UEMOA sur les huit premiers mois de l'année 2026
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La baisse des taux d’intérêt est importante sur le court terme et très faible au-delà de cinq ans. Les échéances inférieures à un an se sont effondrées de plusieurs centaines de points de base, tandis que le 7 ans se traite pratiquement au même niveau qu'en 2025.

LE POINT D'ATTENTION

Pour les États, l'allongement est une bonne nouvelle avec un calendrier de remboursement mieux étalé. Pour les investisseurs, si les taux remontent, la valeur d'une obligation longue baisse. Par ailleurs le marché secondaire de l'Union n’est pas assez profond pour en sortir facilement. Un investisseur qui achète du 7 ans à 7,32 % aujourd'hui doit accepter l'idée de le garder jusqu'au bout. Cette situation pourrait se révéler très avantageuse pour la trésorerie de ces investisseurs pour leur trésorerie dans le moyen et long terme étant donné la tendance baissière des taux de rendement au fil de la maturité du marché.

5) POSITIONNEMENT DES EMETTEURS (1/2)

Six pays sur huit lèvent davantage

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La baisse de 439 milliards FCFA du montant total levé en 2026 au niveau de l'Union masque deux mouvements de sens opposé. Six États ont augmenté leurs levées, pour un total de +682 Mds. Deux les ont réduites, pour −1 121 Md : la Côte d'Ivoire (−502 Mds) et le Niger (−619 Md). Le repli du marché est donc entièrement imputable à ces deux signatures, pour des raisons différentes.

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Quatre situations à retenir

Côte d'Ivoire : Premier émetteur du marché avec 39 % des levées, elle réduit ses volumes régionaux de 14,6 % après son eurobond de février. Avec ses 37 pdb de baisse, il représente le plus faible mouvement de l'Union après le Togo. Ce faible niveau de replis, s'explique par un coût déjà bas en 2025 et par un allongement moyen des échéances qui passe de 31 à 46 mois.

Sénégal : Seule signature dont le coût progresse. Il lève davantage (+13 %) et gagne 4 points de part de marché, mais paie désormais 75 pdb au-dessus de la Côte d'Ivoire, contre 35 pdb en 2025.

Burkina, Mali, Bénin et Guinée-Bissau : Ces trois pays enregistrent les plus fortes détentes de l'Union (−136 pdb à −211 pdb) tout en levant plus. La prime de risque sahélienne s'est nettement comprimée.

Niger : Ses levées hors reprofilage s'effondrent de 83 %, à 124,6 milliards. Il est le seul émetteur avec un taux de couverture qui reste sous 100 % (92 %), il retient l'intégralité des soumissions reçues sans atteindre son objectif. Les incidents de paiement survenus sur le marché régional de son fait ont dégradé la confiance des investisseurs pour ce pays.

6) POSITIONNEMENT DES EMETTEURS (2/2)

Où se situe chaque signature

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Croiser le taux de couverture et le rendement moyen pondéré nous donne une carte très utile. L'axe horizontal mesure la demande, l'axe vertical le coût. Plus un émetteur est à droite et en bas, plus sa position est confortable.

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Commentaires

L'Union a acheté un an de tranquillité. La maturité moyenne passe de 28 à 40 mois. Les États n'ont pas seulement emprunté moins cher, ils ont emprunté nettement plus long.

Le Bénin est le seul à raccourcir : la maturité moyenne des levées passe de 27 mois à 15 mois. Son RMP de 4,70 % devient donc difficile à comparer aux autres. Cela vient en partie du fait qu'il emprunte court. Ayant sécurisé 850 M$ à l'international en début d'année, il ne vient plus sur le régional que pour de la trésorerie. [Source]

Togo et Guinée-Bissau réalisent la vraie performance : de 17 à 50 mois et 19 à 40 mois respectivement, avec un coût qui baisse dans les deux cas. Ils ont converti leur forte demande en maturité plutôt qu'en volume levé.

Le Niger occupe seul le quadrant défavorable : Couverture de 92 %, absorption de 100 %, rendement le plus élevé de l'Union à 8,11 %. Il retient tout ce qui lui est soumis sans atteindre son objectif.

La Côte d'Ivoire emprunte au taux le plus bas de l'Union à maturité comparable avec un RMP de 6,72 % et lève près de 40 % du volume total des levées. Elle est le leader et la référence en termes de prix sur le marché.

LE CAS SENEGALAIS DANS SON CONTEXTE

A la suite de la révélation d'une dette non déclarée, le Sénégal s’est appuyé massivement sur le marché régional depuis la suspension de son programme FMI en 2024. Moody's a abaissé sa note souveraine de Caa1 à Caa2, assortie d'une perspective négative en fin août 2026. Le 1er septembre 2026, les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois au titre de la facilité élargie de crédit.

Ces trois éléments expliquent la singularité du Sénégal dans le tableau : un émetteur qui lève plus, qui reste bien accueilli par les investisseurs régionaux (141 % de couverture, 75 % d'absorption), mais qui est le seul à ne pas profiter de la baisse générale. La question, pour les mois à venir, est de savoir si le retour du FMI se traduira par une compression de sa prime sur le marché régional.[Source]

Sources :

Données de marché utilisées pour les tableaux et graphiques : UMOA-TitresUMOA-Titres (émissions par adjudication de ressources nouvelles, hors échanges et rachats).

  • Contexte monétaire et macroéconomique : BCEAO, communiqués du Comité de politique monétaire des 4 mars et 10 juin 2026, rapport sur la politique monétaire de juin 2026.
  • Émissions internationales : communiqués officiels des Trésors ivoirien et béninois, relayés par la presse financière régionale.
  • Sénégal : Cour des comptes (février 2025), Moody's (août 2026), FMI (accord au niveau des services, septembre 2026).
  • Niger : ministère des Finances, communiqué du 9 mai 2026 sur l'opération de reprofilage

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    Document d'analyse à caractère informatif. Il ne constitue ni une offre, ni une sollicitation d'achat ou de vente de titres, ni un conseil en investissement. Les données de marché sont issues d'une compilation et doivent être rapprochées des publications officielles avant tout usage externe. Les éléments de contexte issus de sources tierces sont datés et référencés.